Des rouleaux de terre craquelée tapissaient le sol d’un ocre tendre qui s’effrite sous les pieds. La mer au loin poursuivait son inlassable fracas, de rochers abrupts en rochers plats ou ronds, de galets en plages de sable blanc… Nous marchions côte à côte poussés d’une main de fée par la brise légère d’un bord de mer paisible. Le calme après la tempête. Des pas secs au sol marquaient le passage d’une poignée d’hommes, sans doute de femmes aussi et d’enfants dans les bras de ces femmes, dont les pas étaient courts et rapides. Il y avait une menace venant de la mer. Il y avait, sans doute, une menace comme on n’a plus craint depuis des siècles dans cette région aride d’un banal bord de mer. Il y avait un prêtre dans la foule, un curé en toge noire, prêchant sans doute l’espoir que l’on trouve dans la foi d’un banal personnage maquillé en saint, en vierge, ou encore en père rédempteur. Il prêchait dans cette boule de foule roulant à toute allure, l’espoir de la fuite et d’une voûte au loin qu’on atteindrait, une voûte protectrice, bastion de paix et d’amour repoussant les mécréants, les menaces venues de la mer.

Nous marchions côte à côte sur ces rouleaux de terre craquelée d’un aride et banal bord de mer. Nous marchions tranquillement comme un matin de printemps qui se lève tôt et fait trainer sa fraicheur dans les reflets bleus et roses de l’horizon. Simplement, le plus simplement du monde, main dans la main, nous marchions et, loin devant nous, une foule affolée dessinait des nuages ocre-bruns noyant l’horizon dans un flou inquiétant. Loin devant nous la foule en boule fuyait deux mécréants, fuyait les étrangers que nous étions pour ce monde sans autre foi que celle forgée par la peur. Nous nous aimions simplement, pourtant, et pourtant l’amour de dieu nous a tués. La foule en boule armée de fourches et de fusils, la foule revint sur ses pas craquelés, repousser avant qu’elle ne passe le désert, la menace que nous étions. Dans les fissures de l’ocre se mêle à présent le sang rose, pur et simple. Et le sang unifie la terre, comme une pluie fine et patiente d’un bord de mer. Une pluie fine dans un banal désert de terre craquelée, foulé par de banals assoiffés de sang… pour l’exemple.